Interview – The Erkonauts

Le Grand Pardon

Entretien réalisé le 05/12/2017 par téléphone

The Erkonauts est un peu le groupe dont votre serviteur rêve. Parfaite alliance entre écriture « classique » et jeu, son très moderne. Quatre suisses qui en ne s’imposant aucune barrière s’affranchissent de nos vieilles étiquettes. D’où une comparaison au mieux saugrenue de son label Indie Recordings qui les désigne comme le « Motörhead du prog ». Pas si bête lorsqu’on réfléchit sur ce deuxième opus, I Shall Forgive, nouveau manifeste de metal groovy aux confins du hard rock, du punk et du metal le plus brutal. Loin d’être aussi compliqué que sa musique, le leader Ales Campanelli (ex-Sybreed) est un interlocuteur sympathique et bavard. Il nous explique ce qui se cache derrière le grand pardon de son nouvel album sans oublier de parler d’Obsydians, l’après Sybreed.


Que retiens-tu de la tournée en soutien à I Did Something Bad ?
Ales Campanelli (chant/basse) : Il y a deux dates qui me viennent à l’esprit. Celle que nous avons donné en ouverture de Prong au Whisky A Gogo à Los Angeles (ndlr : le 10 septembre 2014) et celle que nous avons donné au sud de Taïwan dans une région qui s’appelle Kaohsiung (ndlr : pour le Spring Scream 2015). Pour cette dernière nous avons fait l’aller et retour sur un week end car l’organisation du festival voulait absolument nous faire jouer. Nous avons passé plus de temps dans l’avion que sur place ! (rire) C’était irréel, nous sommes revenus complètement déphasés.


Sur « 9 Is Better Than 8 » tu disais qu’il faudrait au moins neuf Star Wars pour faire oublier Jar Jar Binks. Après la sortie du Réveil de la Force et de Rogue One et avant la sortie Des Derniers Jedi, est-ce que tu pense que cette prévision est plus vraie que jamais ?
Je suis un grand fan de Star Wars mais je n’ai pas vu les derniers. Même si La Revanche Des Sith est pas mal, la prélogie m’a vraiment fait sortir de cet univers. Ils m’ont perdu en route ! Ils m’ont endommagé ! Lorsque l’épisode douze sortira je serai peut être guéri. (rire) J’ai découvert la saga assez tard, j’ai vu les premiers lorsqu’ils les ont remasterisé. Et cela a été une vraie révélation ! On en reparlera plus tard lorsque je serai guéri. (sourire téléphonique)


L’album est fini depuis très longtemps, vous avez dû repousser sa sortie à cause de la fin de votre précédent label. Comment avez-vous vécu la fin de Kaotoxin ?
C’était un drame ! Kaotoxin était un label très familial, Nicolas (Willart, le manager de Kaotoxin) prenait le temps d’expliquer chaque décision du label. C’était important pour lui que les groupes comprennent chaque étape de la sortie de son disque. Nous sommes toujours amis évidemment mais nous avons appris la nouvelle alors que nous finissions le disque et cela nous a mis un gros coup. Nous avons fini l’album puis nous avons prospecté à droite à gauche. Beaucoup de gens nous ont aidé et finalement nous avons reçu pas mal d’offres. Le lien n’est pas rompu car Nico est toujours prêt à nous donner des conseils.


Je te sais très anxieux est-ce que la signature avec un label aussi important qu’Indie Recordings (Wardruna, Cult Of Luna) t-a mis une pression supplémentaire ?
(rire) Complètement ! Mais étant donné que l’album était presque fini et qu’ils ont pu l’écouter et l’aimer, la pression est vite retombée. Au moment de composer le troisième en revanche il est fort possible que je stresse. (rire) Ils ont un excellent catalogue de groupes expérimentés… Donc ce n’est pas du tout impossible ! (rires)


Vous avez publié le clip de « Little Mary » au moment où le hashtag « me too » faisait le tour des réseaux sociaux. Le titre était composé depuis bien longtemps et pourtant il s’est trouvé plus qu’actuel. C’est un combat qui te parle la place de la femme dans notre société ?
La place de la femme ne devrait pas être débattue. Cela me choque un peu que l’on en soit encore là, (rire jaune) nous ne pensions pas que le clip arriverait en même temps que ces questions. Hélas le problème revient très régulièrement dans l’actualité… A l’origine cette chanson part simplement d’une pensée que j’ai souvent eu. Je voulais écrire l’histoire d’une fille qui se fait agressée et qui défonce la tronche de son agresseur. Je trouve cela très jouissif ! (rires) J’ai beaucoup de femmes dans mon entourage qui peuvent me casser la tête quand elles veulent. (rires) Je ne vois pas pourquoi on doit encore se poser ce genre de questions au travail ou dans notre vie en général.


« Chaos Never Fails To Appeal » semble lui aussi d’ailleurs parler de notre rapport les uns aux autres, notamment homme/femme.
Je suis passionné par tout ce qui est casino, prestidigitation… C’est un univers dans lequel je trouve beaucoup d’honnêteté finalement. Lorsqu’on t’annonce dès le départ que l’on veut t’arnaquer ou te manipuler, la relation est très claire. (rire) Cette chanson évoque un rapport à la fête débridé et tout à fait honnête. Le fait d’être complètement soi même, sans limite. Je crois que j’ai tendance à faire la fête comme ça, pour le meilleur ou le pire. (rire) C’est une thématique qui, je crois, est assez régulière chez nous.


Tu avouais ton amour pour la Nouvelle Orléans sur « NOLA », ici je trouve que « The Snick » ou encore l’intro de « Sappy » sont très western. Est-ce que tu pense que cela vient de ton intérêt pour cette culture ?
« The Snick » se passe dans le désert pour moi (ndlr: difficile de ne pas voir le désert effectivement) mais en effet la Louisiane me passionne. Cette région francophone des Etats-Unis qui a une musique incroyable, une culture unique et une très bonne cuisine. Ce dernier point compte beaucoup pour moi ! C’est un rêve de jouer là bas pour Mardi Gras. Sans y avoir été c’est l’endroit qui m’attire le plus au monde. Dès qu’une oeuvre utilise cette imagerie j’ai tout de suite un a priori positif.


Les titres « Globlebl » et « Cacoilt » sont étranges. D’où viennent ils ?
(rires) Ce n’est pas mon heure de gloire mais je vais te l’expliquer. Lorsque j’enregistre les fichiers des nouveaux morceaux je leur applique des titres qui me resteront en tête mais qui n’influenceront pas les paroles. Donc bien souvent ce sont plus des sons. (rires) Parfois cela fait tellement longtemps que j’utilise ces noms qu’il me devient impossible de leur trouver un « vrai » titre. C’était déjà le cas pour « Gog » sur I Did Something Bad. C’est tout… Navré ! (rires) Cela ne change pas les paroles qui sont écrites avec beaucoup de soin mais le titre de travail est resté. Quoiqu’il arrive c’est ainsi que nous aurions appelé ces morceaux entre nous ou sur nos setlists.


Plus encore que sur I Did Something Bad je trouve que l’on ressent bien que chaque composition est partie de la section rythmique. Comment se passe vos séances de travail ?
Nous partons toujours de la section rythmique effectivement. Je compose pas mal donc cela paraît logique et étant donné que j’ai un jeu de basse assez présent il était acquis que la rythmique serait très importante. Après cela s’est passé comme cela, je pense que la bonne manière d’écrire est celle avec laquelle tu es « confortable ». Si tu commences à t’imposer quoique ce soit je ne sais pas si le résultat sera à la hauteur. J’ai plutôt tendance à laisser venir. J’ai déjà écrit des textes qui m’ont inspiré une rythmique. Rythmique qui a elle-même inspiré les guitares… Il n’y a pas d’absolu.


Il y a un grand soin apporté sur les solos. Est-ce que tu pense que le jeu de Seb qui n’était pas là sur le premier album y est pour quelque chose ?
Sebos a fait en sorte de coller au style, il a d’ailleurs bossé quelques parties avec Fred (ndlr: son prédécesseur). C’est un super gratteux, je ne trouve pas le besoin de mettre un solo sur chaque morceau. C’est pourquoi je les apprécie d’autant plus car lorsqu’il y en a un je les trouve jolis. Ils ne te font pas sortir de la chanson, ce ne sont pas des moyens pour lui de montrer à quel point il est doué. Je comprends qu’on veuille montrer ses capacités mais je trouve que beaucoup de musiciens desservent leurs chansons. Nous aimons que les morceaux soient intéressants à réécouter mais qu’ils ne soient pas « compliqués ».


J’ai l’impression qu’il y a une espèce de structure qui se dégage avec ce deuxième album. Il commence à nouveau par un slap, se termine avec le titre le plus brutal de l’album. Est-ce un choix ?
En plus les albums ont pour nom une phrase à la première personne.


Tu viens d’anticiper ma prochaine question ! (rire)
Je pensais devoir attendre le troisième album pour qu’on me le demande. (rires) Là encore cela s’est imposé naturellement mais il a vite été clair que nous allions suivre cette démarche.


Pourquoi alors ces titres à la première personne ?
Par ce que cela fait bien mégalo. Pour le premier, comme tu l’as dit je suis quelqu’un d’anxieux. J’ai toujours l’impression d’avoir fait quelque chose de travers. (rire) Pour le second cela vient de cette tendance que l’on retrouve actuellement avec ces gens qui s’offensent de tout et n’importe quoi. Donc il faudrait en retour présenter ses excuses sauf que « I Shall Forgive » n’a rien à voir avec le pardon. (ndlr : « shall » implique la notion de possibilité. En gros peut être que les Erkonauts pardonneront un jour, rien n’est moins sûr)


Pourquoi avez-vous fait appel à Tom Mumagrinder (Mumakil) pour « Sappy » d’ailleurs ? Tu ne te sentais pas de chanter l’intégralité de ce titre ?
J’aurais pu mais cela me faisait très plaisir de partager quelque chose avec lui. C’est un musicien que j’adore et un ami. Je trouve que la manière qu’il a de chanter est incroyable ! (rire) C’est fou ! (rire) Si je l’avais chanté seul le résultat aurait été très différent mais la seule raison pour laquelle nous l’avons invité est que cela nous faisait plaisir.


Nous avons enfin eu des nouvelles d’Obsydians il y a peu. Je me doute qu’il ne faut pas attendre l’album avant longtemps, Drop est pris par Samael et vous devez défendre ce nouvel album avec Kévin. Mais peux-tu nous dire où en est le projet à l’heure actuelle ?
Nous discutons avec trois chanteurs pour finir les trois premiers titres. Je pense que nous allons sortir l’un d’entre eux avec le chanteur de Threat Signal, Jon Howard. (ndlr : deux jours auparavant le groupe annonçait le titre de ce morceau sans date de sortie exacte. Celui s’intitule « False Light Constructs » et se présente par un teaser disponible sur Youtube) Je me réjouis de pouvoir lancer ce projet car il s’adapte à nos disponibilités. Il peut se passer des choses ou pas avec ce groupe, nous sommes juste ravis de nous retrouver pour faire de la musique. Cela nous fait du bien !


Line-up :
Ales Campanelli (chant/basse)
Los Sebos (guitare)
Backdosh Puiatti (guitare)
Kévin Choiral (batterie)
Discographie :
All The Girls Should Die (single – 2014)
I Did Something Bad (2014)
I Shall Forgive (2017)