The Erkonauts – I Shall Forgive

Plus d’un an après la découverte de la réédition de I Did Something Bad chez le défunt Kaotoxin (snif) il s’est passé très peu de semaine sans qu’au moins un titre de celui-ci me chatouille les oreilles. En alliant à la perfection technique et efficacité les suisses des Erkonauts atteignent ce que tout groupe moderne qui se respecte devrait essayer de faire. Totalement inclassable le quartet prend à toutes les époques et tous les genres qui font le rock/metal. Progressif, punk, classic rock, thrash, stoner, death, le tout sous couvert d’un groove plus qu’infectieux.


Rien d’étonnant à ce qu’Indie Recordings (Cult Of Luna, Wardruna) ait fleuré le bon coup car si le groupe est encore trop méconnu il a tous les arguments pour convaincre un public massif. Autant ne pas jouer la carte du suspense, I Shall Forgive est aussi réussi que son prédécesseur. Si ce n’est plus ! Le groupe conserve son coup de génie pour les lignes vocales imparables, les mélodies entêtantes et les riffs en béton. Un cocktail qui fait de « Chaos Never Fails To Appeal », un titre aux accents stoner, un tube en puissance qui pourrai rivaliser avec nos plus grands classiques. Le meilleur exemple de l’efficacité du combo sur un disque qui n’en manque pas. « Little Mary », « Seven Macaws », « The Groove Of The Sorry » sont autant de titres qu’on se retrouve à fredonner au bout de deux écoutes et qui nous hante pendant des jours. Fabien W Furter (Wheelfall, ex-Phazm) nous disait il y a peu qu’en composant à partir de la section rythmique il arrivait à un résultat bien plus cohérent. Et voilà la plus grande force de nos voisins suisses : la section rythmique ! Ales Campanelli (chant/basse, ex-Sybreed), le leader de la formation, étant un bassiste « émérite » chacune de ses parties sont aussi impressionnantes que groovy. Rendons aussi évidemment sa part au cogneur Kevin Choiral (ex-Sybreed) car sans lui la basse d’Ales serait orpheline. Plus encore que sur I Did Something Bad le groove lie les morceaux et se trouvent être la constante de ce groupe protéiforme. « The Groove Of The Sorry » porte ainsi très bien son nom avec sa rythmique galopante qui ferait taper du pied même le plus vieux hardos de la planète. Los Sebos et Backdosh Puiatti (guitares) savent aussi se faire remarquer lorsqu’il le faut et signent des solos dignes des plus grands (« Little Mary », « Tales Of A Thousand Lives »).


Plus ambitieux les suisses nous offrent un moment de bravoure aux confins du metal, du prog et du classic rock (on pense à Deep Purple à cause de l’orgue hammond du break) avec « Tales Of A Thousand Lives ». Huit minutes de pur bonheur qui dépassent de la tête et des épaules « Domunium Mundi », LA perle prog de I Did Something Bad (cette mélodie power metal en guise de final !!!). Toujours signé Drop (Samael, ex-Sybreed), la production est énorme. En alliant le punch de la modernité et un mix riche en détails qui donnent toujours une durée de vie énorme à l’album.
Le seul petit point noir au tableau serait la place de « The Snick » en milieu d’album, là où son invitation au voyage aurait fait une parfaite ouverture. Un titre qui affiche encore l’amour d’Ales pour le sud des Etats Unis tout comme l’intro western de « Sappy ». Ce dernier achève l’album comme le faisait « 9 Is Better Than 8 » sur le précédent : une bonne grosse mandale à la Van Damme ! Là encore le groupe va encore plus loin que sur son premier essai en invitant Tom Mumagrinder (chant, Mumakil) pour s’époumoner en bon grindeux qu’il est.


Plus ambitieux, cohérent et intelligent I Shall Forgive n’a rien à se reprocher. On sera en revanche en droit de demander des excuses à ceux qui passeraient à côté d’un tel bijou de metal inclassable et imparable.