Seeds Of Mary – The Blackbird And The Dying Sun

Que l’on accroche ou non à l’évolution d’un groupe il faut toujours souligner l’effort et le courage que celle-ci demande. Des légendes comme AC/DC ou Iron Maiden n’ont jamais fait l’affront à leur fan de leur proposer un album résolument à l’opposé de ses premières productions (le débat reste ouvert pour la période Bayley et les derniers albums du deuxième mais je maintiens ce que je dis).
Loin de la pression de ces monuments du hard rock, les bordelais de Seeds Of Mary ont choisi de tout reprendre (ou presque) à zéro avec leur troisième album : The Blackbird And The Dying Sun. Tapant au passage dans l’œil de la Klonosphere (Trepalium, Hypno5e, Lodz).

Rien d’étonnant car un peu comme la bande de Guillaume Bernard avec Here Comes The Sun (2015), SOM simplifie son propos et le rend plus intimiste. Là où on le comparait sans cesse à Alice In Chains, seuls quelques riffs et quelques parties de chant rappelleront la bande de Jerry Cantrell cette fois. L’ensemble reste cependant très marqué 90’s et on pourra lui coller une étiquette absconse du genre « rock/metal alternatif ». Les deux premiers titres n’auraient pas tellement dépareillés sur Choose Your Lie, la production et le son global restent d’ailleurs complètement dans sa continuité. Nouvelle association gagnante pour le groupe et leur ami David Thiers (Secret Place Studio, ingé son de Gorod), la prod est encore plus convaincante et massive. Les mélodies de guitare semblent devenir une marque de fabrique du quintet car là aussi on repense au prédécesseur de l’oiseau. Toutes ces mélodies entêtantes autant vocales que « guitarales » sont assurément l’un des gros points forts de la formation.
Heavy, lent et sombre (particulièrement « Lord Of The Flies », « What Have We Done ? ») cet oiseau noir semble traiter d’écologie. Une sorte de voyage initiatique à la Into The Wild. Entre « Like A Dog » vaguement sudiste, le magnifique et contemplatif « The Dying Sun » et ce « Sovereign Mind » à la mélodié orientale, le définitif « Back To The Woods » qui tombe dans le giron (din ?) du metal avec ses voix saturées; chaque morceau développe son propre univers tout en se mêlant parfaitement aux autres. La montée de « Burn, Black, White » sur Choose nous avait fait penser vocalement à Marilyn Manson, ici « The Blackbird » et « Sense Of Sacrifice » (dont la rythmique pourrait être un hommage à « The Beautiful People ») évoquent autant vocalement que musicalement la diva. Loin du côté malsain et pervers du bonhomme, les bordelais en sortent des titres rampants et dark.
Il faut souligner le gros travail effectué sur les solos, « The Dying Sun », « Sovereign Mind » et « Oceanic Feeling » en tête, un exercice dans lequel Julien Jolivet et Raph Gatuingt ne tombent pas dans la masturbation stérile tout en shreddant quand il faut. Aaron Silvestre (batterie) n’est pas en reste non plus et se fait remarquer par un jeu tout en subtilité et en groove. Ce jeu sur les cymbales ! Seeds Of Mary a aussi collaboré avec Quentin Gendrot (Qlay) qui ajoute des arrangements de violon ou de violoncelle du meilleur effet sur « Like A Dog », « The Blackbird » ou encore « Back To The Woods ».

Plus ambitieux, personnel, heavy et malin The Blackbird And The Dying Sun place définitivement Seeds Of Mary parmi les formations les plus intéressantes du rock metal en France. Le cap du troisième album est passé avec brio et noirceur.