Mayhem – Le Gueulard Plus (04/10/2017)

Les ventes de disque diminuant d’année en année, couplé au désintérêt du public pour les nouvelles sorties, les temps sont durs même pour les institutions. C’est pourquoi depuis l’an dernier Mayhem a décidé de célébrer son album le plus mythique : De Mysteriis Dom Sathanas. Pierre angulaire du black metal déjà vieille de vingt trois printemps.
Un exercice qui ne doit pas vraiment ravir les norvégiens mais auquel la dure loi du marché les a forcé. Les fans eux sont visiblement ravis car cette date, censée être l’unique date française avant que le groupe ne confirme finalement Colmar et Marseille, affiche complet. Une nouvelle réussite méritée pour l’équipe de Damage Done, connaissant la réputation sulfureuse de Mayhem nous espérons que la soirée s’est bien passée pour eux. Rien n’est moins sûr.
C’est en curieux que nous nous rendons au Gueulard Plus ce soir. Pas forcément immense fan de black metal, nous n’avions jamais vu Mayhem en live. L’occasion était donc trop belle et l’événement trop prometteur pour être raté, quand bien même la réputation du groupe en live est loin d’être unanime depuis quelques années.


Les tchèques d’Inferno loin d’être de nouveaux venus ont la tâche d’ouvrir la soirée. Le groupe, fondé en 1995, a assuré plusieurs dates avec Mayhem en avril dernier alors qu’il venait de sortir son septième album (Gnosis Kardias (Of Transition And Involution)) et il poursuit avec les dates françaises et allemandes d’octobre. Durant leur courte prestation (à peine une demi-heure), Inferno offre au public un black metal aux guitares très mélodiques et aux ambiances prenantes. La voix d’Adramelech, entre chant et incantations, donne aux compositions complexes du groupe une dimension mystique indéniable. La messe noire n’est pas loin… Pas de mise en scène compliquée juste les silhouettes des membres du groupe qui se laissent à peine deviner derrière une épaisse fumée ajoutent au mystère. Bref, on attendait Satan et il est peut-être déjà là !
(Clo Elte)


Collectif majoritairement anglais déjà auteur de deux splits, deux albums et un live, Dragged Into Sunlight enchaîne rapidement. Loin d’un black metal traditionnel le quintet propose un black aux accents doom ou sludge sur lequel on trouve un chant hardcore écorché plutôt convaincant. Après une trop longue intro bruitiste relevée par de jolies bougies et des crânes de bouc; le quintet s’installe dos au public. Le peu de place qui leur ait alloué n’est donc pas un problème car le groupe a choisi de jouer pour ses amplis. C (basse) se retourne pour faire des choeurs, un honneur que nous fera le chanteur T sur la fin de « Buried With Leeches ». Si l’on passe sur ce manque de respect par ce les brits doivent être trop nihilistes et cools pour affronter leur public, reste un black doom complètement aléatoire. Dommage car quelques riffs font mouche mais les structures n’ont aucun sens. On saute d’un riff à un autre, d’une accélération à une décélération sans logique ni recherche. Si le chant de T est loin de ne pas être bon il paraît d’ailleurs très anecdotique tant il occupe peu d’espace dans les morceaux. Pour occuper l’espace entre les morceaux nous avons droit à des samples de films. Si quelqu’un a reconnu une oeuvre n’hésiter pas à le dire. Le son est très fort mais finalement assez clair, un bon point à accorder à la formation. Vous pourriez croire que nous sommes passés à côté d’une perle par notre manque d’intérêt pour la scène black mais le Gueulard Plus a l’air plutôt d’accord avec nous. Beaucoup de gens discutent, la salle se vide très vite et demeurera à moitié pleine tout au long du set. Le couple devant nous finit même par se gallocher amoureusement, tout à fait conquis par le nihilisme et la musique de Dragged Into Sunlight. T éteint les bougies (ben oui c’est fini, brouh le mal, Sheitan, le diable, Satan !) avant l’ultime « Volcanic Birth » et ses influences plus rock’n’roll intéressantes mais encore calés avec l’intelligence et la subtilité d’un gros toutou qui joue à la balle.
Lorsque l’on ne veut pas affronter le public il y a une méthode plus simple que de lui faire admirer son postérieur (uniquement éclairer par des strobos, eux-mêmes cachés par les amplis et des bougies. Faudrait pas non plus qu’on puisse détailler les boules des rosbeefs…) : ne pas jouer. Surtout lorsque la musique s’avère aussi mal branlée. Un concert qui restera dans les mémoires pour de mauvaises raisons.


Setlist Dragged Into Sunlight :
To Hieron
Omniscienza
Absolver
Buried With Leeches
Volcanic Birth


Après cela on se dit que Mayhem ne peut que faire forte impression. Le public est venu pour lui cela va sans dire et après une première partie de cet acabit il est toujours plus aisé d’arriver en héros (demander à Iron Maiden, rien de mieux qu’une première partie dont tout le monde se fout pour se la jouer prophète ensuite).
Avant le début du set un message demande poliment au public de ne pas prendre de photos ou au moins de ne pas utiliser de flash. Le tout pour ne pas gêner les artistes, on imagine que les flash c’est chiant mais c’est bien la première fois que nous voyons cela. De quoi confirmer le statut de salopard de Mayhem. Ambiance ! Pour ne rien arranger le son est abominable et ne permet pas vraiment de profiter de « Funeral Fog ». Les guitares sont brouillonnes au possible, le micro d’Attila Csihar donne l’impression d’être débranché par intermittence (le bougre gesticule le micro devant la bouche sans qu’aucun son nous parvienne) et la batterie n’a presque pas de kick mais nous laisse profiter de chaque tom. Ce dernier point donnant l’impression que les blasts sont tout moux tandis que les roulements font l’effet d’un maelstrom. Difficile dans ses conditions d’apprécier ce monument fondateur du noir metal et on ne peut pas dire que l’ingénieur arrangera ce « petit » soucis au fil du concert. Le groupe est encapuchonné à l’exception de Hellhammer, lui-même bien caché derrière son énorme kit. Attila affiche quant à lui le même maquillage qui l’accompagne depuis quelques années. A une époque où les trois quarts des formations restent bien cachés sous leurs capuches il est dommage de se dire qu’une légende se retrouve dans une esthétique si clichée. Encore la faute des jeunes ! Nous notons l’excellente imitation du Bossu de Notre Dame par Ghul (guitare, Imperial Vengeance, ex-Cradle Of Filth) et Necrobutcher ainsi que le fait que Teloch (guitare, Nidingr) soit le seul membre à arborer du corpse paint. Le frontman attire tous les regards en traçant des symboles ésotériques dans l’air, on peut dire sans prendre de risque qu’il est le membre le plus concerné par le show. Mayhem a choisi d’interpréter De Mysteriis Dom Sathanas dans l’ordre et c’est donc le classique ultime, « Freezing Moon », qui débarque ensuite. Acceuilli comme le messie, celui-ci déclenche même un pogo. Exercice assez rare dans un concert de black metal. Assurément le meilleur moment du set, quoique un peu tôt diraient certains. Le concert est là aussi rythmé par des samples ou des incantations d’Attila entra chaque titre. Ce cher Necrobutcher nous livre encore un moment de fraternité après qu’un fan tape un gentil stage dive sur « Cursed In Eternity » (comprendre sans débordement ni câlin), immédiatement désapprouvé du doigt par le bassiste. On est loin de Mortuus (Marduk) et ses prises de judo !
Avant « Life Eternal » un hôtel nous présente des bougies, un crâne et des chandeliers et on change de sides. L’occasion pour Attila de jouer avec le feu et de titiller les bougies comme James Bond les tétons. Titre plus mid tempo, « Life Eternal », s’avère plus compréhensible et nous laisse vraiment profiter des guitares. Arrivé à « From The Dark Past » il est clair que l’ambiance est lourdement retombé et il est bien difficile d’en vouloir au Gueulard Plus tant le set est mal mis en son et très étrangement rythmé. Le frontman nous livre une petite prière entouré de ses deux bretteurs avant « Buried By Time And Dust ».
Les sides sont retirés pour l’éponyme, révélant des mannequins de squelette tandis qu’Attila fait péter l’encen. Maison du Monde a du faire sa recette de l’année ! (Elle est facile mais difficile ne pas y penser) Le frontman nous met absolument à genoux, malsain au possible et nous laisse l’espoir d’une fin de concert plus enthousiasmante.
Après que le frontman ait pris le temps de remercier le public gestuellement, celui-ci se recueille quelques instants devant l’hôtel avant d’éteindre les bougies. Comme l’ensemble de la salle nous nous demandons si le concert est bien terminé car le groupe a seulement joué une petite cinquantaine de minutes. Tous nous oublions que Damage Done avait bien annoncé que le concert durerait cinquante minutes. Une durée digne d’un show de W.A.S.P, pas une référence en matière de concert. Nous serions curieux de savoir combien le groupe demande pour donner un concert si court. Un rappel de deux, trois titres n’auraient fait de mal à personne…


Setlist Mayhem :
Funeral Fog
Freezing Moon
Cursed In Eternity
Pagan Fears
Life Eternal
From The Dark Past
Buried By Time And Dust
De Mysteriis Dom Sathanas


Soirée mitigée donc en compagnie de l’un des fondateurs de l’art noir. La faute à un son horrible, une envie discutable et un show bien trop court. Ce n’est pas encore aujourd’hui que Mayhem aura redorer son noir blason… et pourtant certains fans hardcore ont passé un bon moment.
Peut être que finalement comme en religion il faut avoir la foi.

Report par Clo Elte et Clément R.
Photos par Clo Elte