Shining – Hublot (Nancy) 10/09/17

Par ce qu’un mauvais concert vaudra toujours mieux qu’une soirée devant sa télé, surtout le dimanche soir, nous revoilà au Hublot. Une salle dont il faut profiter tant qu’il en est temps, sa fermeture étant annoncée pour juin 2018. L’occasion pour nous de découvrir le phénomène Shining en live. Déjà auteur de concerts mythiques dans notre beau pays (notamment au Divan Du Monde [Paris] juste après les attentats du Bataclan), les norvégiens se payent trois dates dans l’Hexagone. Toutes dans des villes qu’il n’a jamais visité !


Les locaux de Wheelfall ouvrent face à un public déjà nombreux. Nous ne cachons pas notre admiration pour la musique de ce groupe à part. Concept fouillé entre SF, thriller et philosophie pour un metal indus sombre et lourd qui touche aussi bien au black, au doom ou au sludge. Un changement de style radical, amorcé avec leur second et double album Glasrew Point (2015). Il est bien loin le temps où la formation donnait dans un stoner doom désertique ! Le line-up du groupe a lui aussi évolué, le leader Fabien W Furter (FWF, ex-Chaos Echoes, ex-Phazm) se chargeant désormais du chant et des claviers. Un choix dans la continuité de son troisième essai : The Atrocity Reports, à paraître le 6 octobre chez Apathia Records (Atlantis Chronicles, Deficiency, Heart Attack). Infiniment plus brutal et direct que son prédécesseur, ce nouvel opus est taillé pour la scène et ce show ne fait que le confirmer. En jouant pas moins de quatre extraits de celui-ci (dont certains pour la première fois), Wheelfall veut afficher son nouveau visage et on ne saurait lui donner tord. Le début de set fait office de rouleau compresseur notamment grâce au tout aussi brutal que tubesque « Impenitent ». Dommage que peu importe où l’on se tient dans la salle le son s’avère très imparfait. Si les nancéiens ont besoin de rôder cette nouvelle formation autant que ses nouveaux titres, Fabien s’affirme déjà comme un frontman possédé et rageur. Ses camarades demeurant encore un peu trop effacé il faut souligner la performance de Thibault Thieblemont (guitare, ex-Smokey Donkey) aux chœurs. Nul doute que celui-ci fera un excellent lieutenant d’ici quelques concerts. Loin de vouloir oublier sa facette la plus ambiante, le quintet a le courage d’interpréter le doom et lourdingue « Shapeshifter » de Glasrew Point. Avant de dégainer le déchirant et nitschéen « There Is No You », assurément l’un des grands moments de The Atrocity Reports. Depuis dévoilé par l’intermédiaire d’un clip très esthétique, le tube en puissance « Violence Is Seduction » nous mène bien vite à « Return Trip ». Conclusion apaisante de tous les concerts de la formation depuis la sortie de Glasrew.
Avec ce que nous considérons comme son meilleur opus et des concerts qui ne manqueront pas d’être encore plus convaincants, Wheelfall risque bien de quitter son statut de valeur sûre locale pour rejoindre les hautes sphères du metal international. C’est là toute l’atrocité que nous lui souhaitons.


Setlist Wheelfall :
The Way To Every Crime Is Ours (Nouveau Titre)
Vanishing Point
Impenitent (Nouveau Titre)
Dead Eyes
Shapeshifter
There Is No You (Nouveau Titre)
Violence Is Seduction (Nouveau Titre)
Return Trip


En sept opus (dont cinq que le public connaît vraiment, les deux premiers n’étant sortis qu’en Norvège) Jorgen Munkeby (chant, guitare, saxophone) a su imposer son ovni jazz metal. Regroupant ainsi des fans de prog, de musique technique, de black ou simplement des metalheads en mal de sensations fortes. Après un International Blackjazz Society (2015) plus accessible que ses prédécesseurs, un nouvel album se profile pour l’année prochaine (bien qu’aucune date de sortie n’ait été communiquée). Loin des formations qui gardent leurs nouvelles compositions secrètes jusqu’à la sortie physique ou digitale de celles-ci, Shining interprète ce soir cinq nouveaux morceaux (!). Y compris « Everything Dies », sur lequel Jorgen pique le téléphone d’un fan tout en jouant du sax, disponible depuis le premier septembre sur internet.
En effet ce sont deux nouveaux titres qui lancent le show face à un Hublot attentif. Il faut dire que même pour celui qui connaît les titres par coeur, il est des groupes plus reposant que Shining. Sans surprise le reste de la setlist prend aux trois derniers albums, assurément les plus connus et appréciés des fans. D’entrée le son confine à la perfection, prouvant que malgré ce que certains veulent bien dire cela est possible au Hublot. Le groupe est en forme à l’image de Hakon Sagen (guitare) qui headbangue sans arrêt. Munkeby partage d’ailleurs sa joie d’enfin jouer à Nancy avant « Last Stand ». « Notre ingénieur du son Chris (Edrich, actuellement en tournée avec Leprous) habitait ici. Il nous a emmené sur cette grande place avec toutes ces lumières. » Un des rares moments au cours duquel le frontman prend la parole. C’est que Shining communique avec sa musique ! Le niveau technique des norvégiens est ahurissant et il faut voir Munkeby assurer à la fois le chant, la gratte et le saxophone là où d’autres peinent à chanter juste. Rendons aussi hommage à Tobias Ornes Andersen (batterie) qui assure des mesures complètement farfelus sans problème apparent. Chaque opus disposant de sa propre couleur (littéralement), c’est un vrai voyage auquel nous invite les descendants des vikings. Comme le dansant « Last Day », le pop electro « Hole In The Sky » sur lequel Munkeby livre un très beau tour de chant ou encore le schizophrénique « The Madness And The Damage Done », dont la fin a été modifiée. Globalement les nouvelles compos paraissent plus pop, un virage dans la continuité de International Blackjazz Society. Bien que dépourvu (pour le moment ?) de saxophone, celles-ci passent le cap de la scène et créent un bon équilibre avec leurs grandes sœurs. Habitué de l’exercice, Hakon vient jouer dans le public durant « I Won’t Forget ». Il finit ce soir en slam sous la go pro de son frontman, lui-même en plein solo de saxophone.
Assurément l’un des meilleurs ovnis que notre scène ait à offrir.


Setlist Shining :
Intro (In The Year 2525, Zager & Evans)
Animal (Nouveau Titre)
Flow (Nouveau Titre)
The Last Stand
Last Day
Hole In The Sky (Nouveau Titre)
Healter Skelter
My Dying Drive
Fisheye
Everything Dies (Nouveau Titre)
I Won’t Forget
The One Inside
The Madness And The Damage Done
Rappel :
My Church (Nouveau Titre)


Si c’est effectivement la curiosité qui nous a poussé au Hublot, elle confirme tout son statut de vilain défaut. Nous ne sommes pas devenus fans de Shining ce soir mais le quartet est une superbe découverte qui mérite le coup d’oeil. Vous aimerez ou détesterez mais le « blackjazz » est le genre de curiosité que l’on mettait sous verre au dix neuvième siècle. Les nouvelles compositions jouées ce soir confirment l’approche plus poppy du combo et risque encore de diviser les fans.
Revenez briller quand vous voulez messieurs !

Photos par Delphine Martin