Wheelfall – The Atrocity Reports

Après le remarquable et remarqué Glasrew Point (2015) Wheelfall nous joue la carte de la suite. Comme si Hollywood ne nous abreuvait pas assez de « sequel » et de « prequel » à longueur d’année ! C’est que la bande de Fabien W Furter (FWF, ex-Chaos Echoes, ex-Phazm) a un concept des plus fouillés qu’elle compte bien pousser jusqu’au bout. Une sorte de mélange abject entre 1984 et Irréversible présentant une société décadente pleine de meurtres sordides et de ruelles sombres infréquentables.

Un programme aussi chaleureux que la musique des nancéiens !

Si Glasrew avait surpris son monde en abandonnant le stoner pour s’adonner joyeusement à un post-metal industriel ambiant rempli d’influences diverses et variées; The Atrocity Reports en reprend les fondations mais rend la bâtisse un peu plus accueillante. D’une certaine manière… Fini les délires à la Peter Jackson, ce troisième opus ne dure que quarante petites minutes. Conscient que son prédécesseur était tout de même difficile à digérer, Wheelfall s’est employé à rendre son message plus clair et efficace. Tout en le rendant plus brutal !

Il faut écouter « Impenitent » pour le croire. Wheelfall est en colère, très en colère même. Plus vicieux que jamais, le quintet nous offre des titres à la fois brutaux et accrocheurs. D’où un certain sentiment de masochisme à l’écoute : « Achève moi salope, ça me fera du bien ! » comme disait Rego. La production est corrosive au possible, avec une section rythmique plus importante que jamais. Le chant redevient aussi l’élément principal et la plupart des morceaux (en tout cas les cinq premiers) se calquent sur la formule couplet/refrain. La fin du skeud revient quant à elle à des titres plus chiadés.
Par ailleurs, en matière de refrain et de riff en béton, Wheelfall sait y faire ! La première moitié d’Atrocity Reports n’a ainsi que des tubes en puissance à offrir : du bas du front « The Way To Every Crime Is Ours », en passant par le néo (autant dans sa rythmique jumpisante que dans un chant proche du rap) « Violence Is Seduction » ou encore le black « Impenitent ». C’est à partir de « There Is No You »que nous retrouvons la facette la plus ambiante du combo. On pense toujours autant à Ministry mais les noms de Prong ou Killing Joke viennent aussi à l’esprit sans jamais être gênants. Wheelfall a déjà sa patte et ne ressemble qu’à lui-même. Son propos intemporel le place donc parfaitement entre tradition et modernité. Le déchirant « There Is No You » sur lequel la voix de Fabien est proche de se briser à chaque instant cristallise parfaitement cette idée. Un conseil si vous avez un coup de blues, ne jetez pas une oreille à ce morceau. Votre serviteur s’est presque pourri des soirées rien qu’en écoutant cette chanson. Alors qu’il s’était essayé au spoken word ou au chant de gorge sur Glasrew Point, Fabien ne se repose pas sur ses lauriers. On peut alors réévoquer « Violence Is Seduction » et son phrasé proche du rap mais aussi « Black Bile », hommage à Scott Walker (The Walker Brothers, Sunn O), sur lequel le petit frontman rappelle David Bowie (le regretté Ziggy a été très influencé par Walker, la boucle est donc bouclée).

Nous attendions The Atrocity Reports avec impatience et Wheelfall a dépassé les espoirs que nous placions en lui. Ainsi, plutôt que de s’enfermer dans ce qu’il a déjà réussi avec brio, le quintet a composé de vraies chansons. La richesse de son concept et de ses compositions donnent une durée de vie énorme à chacune de ses sorties et nous avons hâte de jeter un oeil à la nouvelle qui accompagnera une fois encore leur musique.
Véritable voyage dans la violence urbaine, vision cauchemardesque d’une société coulée dans le béton et le sang, The Atrocity Reports est d’ores et déjà un must have pour les fans de metal industriel et plus largement de metal « intelligent ».