Plein Air De Rock – Domaine De Moncel (Jarny) – 06/06/2017

En Lorraine on a l’impression qu’il a toujours été là. Et pourtant l’an dernier il nous a fait faux bond ! En ramenant Strapping Young Lad, Sepultura, Arch Enemy, Skindred, Gojira, Mnemic, The Gathering (entre autre) dans la campagne lorraine le festival du superbe domaine de Moncel s’est taillée une place dans le coeur des fans de rock/metal (amusant alors qu’il était plus orienté punk à ses débuts). Qu’à cela ne tienne le Plein Air de Rock fête sa vingt troisième édition avec une affiche variée et roborative comme il en a l’habitude depuis quelques années.


Cela n’empêche pas le public d’être présent en bon nombre lorsque Psykup commence son set au son de « Surfin USA » des Beach Boys. Les toulousains sont visiblement attendus par de vieux fans qui n’ont pas tous trouvé le temps de jeter une oreille à leur album du retour : CTRL + ALT + FUCK. Pas un problème pour les sudistes qui le mettent bien évidemment à l’honneur dans la setlist (cinq titres sur huit joués). Cet album se montrant bien plus direct et ramassé que ses prédécesseurs, ce choix se montre vite payant ! En effet c’est « Violent Brazilian Massage » et son « We’re back ! » qui lance la valse des corps. Chemises hawaïennes pour le quartet auquel s’ajoute (guitare, Draw Me A Sheep) en live. Le bonhomme s’en sort parfaitement musicalement mais manque encore un peu de présence scénique. Le son est plutôt bon et Mathieu « Milka » Medgeville (chant, Cancel The Apocalypse, ex-My Own Private Alaska) et Julien Cassarino (chant/guitare, Rufus Bellefleur) sont biens en voix. La mise en place vocale des deux leaders est juste impressionnante, les deux vocalistes se répondent parfaitement ! L’ex MOPA présente le groupe annonçant qu’il vient de Tokyo avant que son camarade n’invite les fans à venir les voir au stand de merch pour leur lécher les aisselles. « Shampoo The Planet » et sa rythmique jumpy rend une bel hommage aux années 90. « Cooler Than God » et ses cuivres qui lui donnent un air de Jamiroquai voit un petit circle pit se former. Excellente surprise que cette salve divine, assurément notre titre préféré de CTRL+ALT+FUCK. « Love Is Dead » déchaîne un énorme bordel et est acceuilli comme un classique. Après « Teacher » extrait du tout premier essai de Psykup, Le Temps De La Réflexion (2002), la messe est dite. A revoir en tête d’affiche ! Et vite !


Setlist Psykup :
Violent Brazilian Massage
We Will Win This War
Do It Yourself
Shampoo The Planet
Cooler Than God
Love Is Dead
The Intelligence
Teacher


De retour pour jouer un mauvais tour, Nostromo sillonne la France depuis sa « réunion » et les suisses ne sont pas prêts de s’arrêter. Aujourd’hui le quartet est visiblement très attendu et n’a pas besoin de beaucoup d’efforts pour retourner le pit. Ce même si la guitare de Jéjé manque un peu de puissance en début de set. D’emblée on sent que la formation est bien plus à l’aise qu’à Nancy en janvier dernier. Il suffit de regarder Maik (batterie), complètement possédé qui maltraite sans vergone ses fûts. L’attitude sympathique et décontractée de chaque membre, à commencer par Javier (chant), tranche complètement avec la musique archi-brutale. La section rythmique nous met toujours à genoux et montre à quel point il est possible d’insuffler un groove imparable dans le grindcore (« Lost Inside » !). Le combo a amené une surprise dans ses valises avec le nouveau titre « Uranus ». Dans la droite lignée de ce que le groupe proposait auparavant celui-ci fonctionne très bien, sa reprise après le break déchaîne totalement le pit et ses « get what you deserve » entêtants le rendent plus mémorables que ses prédécesseurs. Les verres ont volé, les corps se sont entrechoqués, Nostromo continue de prouver qu’il était très en avance sur son temps et qu’il est bien revenu pour se faire plaisir. Vivement le nouvel album !

Lui aussi reformé il y a peu (quatre ans tout de même…) SikTh est tout de même beaucoup plus jeune et moins connu chez nous. Forcément la foule devant la petite scène est moins compacte et nombreuse que pour Nostromo. Précurseur du djent dans sa patrie anglaise, SikTh est cependant plus proche d’un metal moderne technique aux touches fusion. Après Opacities (2015) qui scellait son retour aux affaires, celui-ci vient de publier The Future In Whose Eyes ? son quatrième album. Notamment par ses deux chanteurs aux voix différentes, celle de Mikee Goodman (Primal Rock Rebellion) se faisant très rap à l’envie. Assez rare en France le groupe sait qu’il lui faut marquer des points aujourd’hui, amputé d’un de ses guitaristes. Ainsi Mikee s’excuse rapidement de ne pas savoir parler français bien qu’il s’essaie à dire « Plein Air de Rock » plus tard dans le set. Malgré un beau capital sympathie les rosbeefs ont du mal à convaincre en ce début de soirée. La faute à un manque de présence scénique quelque peu choquant avec la présence de deux frontmen. Ceux-ci assurent pourtant de bons vocaux dans tous leurs registres bien que les chants clairs débarquent souvent sans trop prévenir. Techniquement impeccable ils distillent un groove agréable pour le genre et l’ambiance monte doucement en fin de set. Après avoir dédié « Philistine Philosophies » à « leurs amis » de Psykup et s’être félicité d’avoir joué dans une foret, le groupe repart en nous laissant un goût mitigé.


Omniprésent depuis quelques années sur les scènes du monde entier, il devient difficile de rater The Inspector Cluzo. Si le groupe en rit sur scène ce n’est pas la première fois qu’il se retrouve sur un festival metal. On l’a vu l’an dernier à l’affiche du Download français ! Mais Inspector Cluzo c’est surtout plus de huit cent concerts, cinq albums et un engagement plus punk que les punks (les deux membres du groupe vivent reclus en Gascogne et vivent en totale indépendance). Musicalement on peut dire tout simplement que le groupe fait du rock. Sans jamais rien s’interdire le duo touche au blues, au punk, au rock’n’roll, à la pop… Tout y passe sans jamais perdre en cohérence et en qualité. La pluie commence à s’inviter mais la plupart des gens restent plantés courageusement devant la scène. Ce pourquoi Laurent Lacrouts (chant/guitare) remerciera chaleureusement Jarny : « merci d’être aussi nombreux sous la pluie. Voilà de vrais rockers ! Je pensais qu’il y avait trop de métalleux me voilà rassuré ». Après une intro fanfare et un premier titre très posé et bluesy durant lequel Mathieu Jourdain (batterie) délaisse son instrument pour se servir d’un tambourin en devant de scène; le set est réellement lancé. Ca groove à fond et si le public n’exulte en aucune façon il accueille très poliment le duo et dodeline de la tête ou tape du pied naturellement. Forcément le son est absolument parfait et permet même de profiter des shakers ou d’autres dont Mathieu se munit au cours du set. On pense parfois à Dinosaur JR, notamment dans la voix de Laurent aussi convaincante dans les graves que dans les aigus. Excellent frontman, le six-cordiste communique beaucoup (peut être trop au gout de certains) et s’amuse à haranguer le Plein Air avec un seul doigt. Son accent dépaysant fait mouche lors de blagues bien senties comme : « Nous venons de Gascogne. Contrairement à vous, chez nous les allemands ne passent pas tous quarante ans ». Il s’étonne de la sympathie et de l’ouverture d’esprit des métalleux alors qu’il se lance dans un titre funky qui fait bien mouche. Il avoue même se produire aujourd’hui sans setlist d’où l’impression que la fin de set plus rentre dedans vient récompenser un public qui n’a pas déserté leur prestation. Même durant la ballade « Run », sur lequel le chanteur se retrouve seul, un titre « qui parle des anciens », n’arrive pas à dégoûter un parterre qui finit par se donner à fond. Il faut dire que les dernières salves prennent une dimension punk bienvenue sur laquelle Mathieu montre qu’il ne sait pas que groover mais qu’il peut aussi frapper très fort lorsqu’il le veut. Le classique du groupe « Fuck The Bass Player », extrait du tout premier EP Cluzo (2008), est l’occasion d’une nouvelle pique : « le bassiste n’est pas un musicien » mais surtout d’un premier pogo. Terminant les concerts de l’inspecteur depuis des années, « Put Your Hands Up » (The 2 Mousquetaires, 2012) déchaîne complètement le public qui s’emploie, à la demande de Laurent, de « casser le champ ». En guise de final Julien Bernard de 7Weeks (sûrement technicien pour le duo) vient démonter le kit de batterie, laissant le cogneur finir le set avec seulement sa caisse claire et sa grosse caisse. Impressionnant !
Visiblement peu connu de Jarny, The Inspector Cluzo a réussi un tour de force extraordinaire en ralliant le public à sa cause en assumant chaque facette de sa musique. Voilà la découverte de la journée !


Lui aussi omniprésent depuis quelques années, Carpenter Brut se retrouve maintenant sur des festivals metal quand bien même il est le parrain de la synthwave. Un electro qui reprend les sons et les codes des années 80. L’explication peut venir du fait que tous les acteurs du projet viennent du metal et sont d’authentiques metalheads. A commencer par Franck Hueso, producteur d’Hacride et Klone, qui arbore fièrement un t-shirt « Master Of Puppets » ce soir. Le bougre a enregistré seul les trois EPs plus tard réunis sur Trilogy (2015), un album épuisé depuis des mois qui vient de revenir dans les bacs, avant de s’entourer d’Adrien Grousset (guitare, Hacride) et Florent Marcadet (batterie, Klone, Hacride, Step In Fluid) pour les concerts. Ce succès chez les fans d’acier peut aussi venir des ambiances très sataniques du combo qu’il met en avant dans ses visuels. Un délire qui colle parfaitement à la musique dansante et sombre de Carpenter Brut qui demeure avant tout un hommage non dissimulé aux bandes son des films d’action 80’s (dont ceux de Big John Carpenter bien évidemment). Ainsi des vidéos résolument old school et fun accompagnent le trio de même qu’une jolie à facette. On commence avec des images de Ghostbusters accompagné de « Savin’ The Day », extrait de la bande-originale du film,  avant que « Welcome To Mudwich Valley » ne vienne lancer le show pour de bon. « Division Ruine » et son intro écrasante fait méchamment mouche en live et l’on se demande presque si le groupe ne devrait pas attaquer avec ce titre. Mais peu importe aux fans des poitevins, présents en nombre qui dansent sans honte dans un festival de metal et à l’image d’un bénévole qui s’improvise chauffeur de salle dans le pit à photo. Le groupe à l’air de s’afficher plus qu’auparavant, Adrien notamment se met plus en avant que jamais et Franck lui rend même visite avant « Meet Matt Stryker » (sur lequel le six-cordiste se fend d’un excellent solo) pour lui faire des cornes du diable. On se dit alors que le groupe s’assume plus sur scène, pourtant les photographes ont toujours la consigne de ne pas prendre de photos sur lesquelles on pourrait reconnaître les trois. Le tube « Turbo Killer » reçoit un accueil extatique et on se surprend toujours à le voir débarquer aussi tôt dans le concert. La reprise de « Maniac » de Michael Sembello est repris à gorge déployée. Il est toujours aussi plaisant d’entendre la voix de Yann Ligner (Klone, ex-Mistaken Element) peu importe le contexte et dire qu’elle fonctionne à la perfection sur ce titre serait un euphémisme.
Difficile de savoir si la formation a juste réussi à créer le buzz et retombera comme un soufflé dans peu de temps. Les nouveaux titres se font attendre tandis que les concerts sont toujours plus nombreux. Attention à ne pas lasser les fans. Faisant parti de ces derniers nous ne pouvons cependant cacher le plaisir pris face à cette superbe prestation.
Setlist Carpenter Brut :
Intro : Savin’ The Day (Alessi)
Welcome To Mudwich Valley
Division Ruine
Roller Mobster
Meet Matt Stryker
Wake Up The President
LOVE
Turbo Killer
Paradise Warfare
Run, Sally, Run !
Looking For Tracy Tzu
Anarchy Road
Disco Zombi Italia
SexKiller On The Loose
Le Perv
Maniac (Michael Sembello Cover)


Comme nous le disions en préambule, ce vingt troisième Plein Air de Rock manque d’une tête d’affiche rassembleuse. Le parterre est bien moins rempli que pour Arch Enemy il y a deux ans… Dans le genre public de niche les suédois de Cult Of Luna se posent là ! Maître incontesté du postcore/sludge, son univers déchiré et opressant est une valeur sûre pour les fans de lourdeur écrasante. Reste que les réfractaires détestent l’expérience live du sextet. Il faut dire que celui-ci n’essaie en rien de rendre son propos plus digeste ou sympathique. Aucune communication, pas de lumières en façade. Et on commence avec le gargantuesque « Vicarious Redemption » (presque vingt minutes au compteur) qui pose tout de suite les bases de leur style pour ceux qui ne les connaîtrait pas : lenteur pachydermique, strates des trois guitares entremêlées, touches électroniques des claviers d’Anders Teglund. Si la foule n’est pas immense nous nous attendions à ce qu’elle ci diminue au fil du set. Il n’en sera rien. Malgré la pluie battante qui colle parfaitement à l’ambiance de la prestation, le public reste planté solidement devant la scène. Il faut dire que les lights sont superbes et pour peu qu’on rentre dans le show, celui-ci s’avère bien trippant. Difficile cependant de savoir si notre voisin profite les yeux clos ou s’il dort debout. Fredrik Kihlberg (chant/guitare) s’avance de temps en temps en devant de scène portant fièrement sa guitare au dessus de sa tête. Les musiciens sont tous complètement habités par leur musique à l’image de Andreas Johansson (basse) qui martyrise méchamment son instrument. Étrangement « Ghost Trail » aurait fait une parfaite conclusion, de par le jeu de lumière et sa fin saccadée sur lequel le groupe s’immobilise tel un seul corps; cependant c’est bien « In Awe Of » qui achève le concert. D’où un sentiment inachevé pour cette tête d’affiche qui quitte la scène sans même un regard pour un public resté sous la pluie le soutenir.

Reste une bonne prestation pour peu que l’on rentre dedans de la part d’une des figures de proue du sludge/postcore.


Setlist Cult Of Luna :
Vicarious Redemption
I : The Weapon
Dim
Owlwood
Ghost Trail
In Awe Of


Un super festival à taille humaine, peu cher (dans son ensemble mais celui-ci s’est fait une règle de toujours mettre ses pré-ventes à dix euros), à la programmation éclectique et initié. Seul les sanitaires pourraient être améliorés. Dommage que cette édition ait eu un succès mitigé, la concurrence du Jardin Du Michel lui a peut être coûté quelques spectateurs. Il est en revanche navrant de voir que certains habitués du festival se sont plaints de ne pas voir Lofofora, Mass Hysteria, Tagada Jones à l’affiche. Des formations venues de nombreuses fois sur le festival que l’on peut retrouver un peu partout pour peu qu’on se déplace. Certains regrettent le Sonisphere d’Amnéville mais le festival metal de Lorraine est là. Qu’il vive encore longtemps !

Photos par Clo Elte, un immense merci à elle

Retrouvez toutes ses photos du festival sur sa page Facebook :

https://www.facebook.com/CloEltePictures/

(Aucune photo de Carpenter Brut à cause des demandes un peu spéciales du groupe)