6:33 – Chez Paulette (Pagney Derrière Barrine) – 21/04/2017

Auteur de l’excellent Deadly Scenes et de son concept sur les sept péchés capitaux en 2015, 6:33 s’est fait très rare sur les planches pour le défendre. Dommage au vu de la qualité (tant scénique que musicale) affichée par ce disciple de Faith No More depuis ses débuts en 2009. Son style pourrait être simplement présenté comme de la fusion moderne dont les principales références sont Mike Patton et ses acolytes ainsi que Devin Townsend et Danny Elfman. Après de longs mois de travail, les parisiens débarquent avec le Asylum Picture Show 2.0 qu’il a présenté pour la première fois la veille à Paris au Divan du Monde devant quatre cent personnes. Un tout nouveau set, relevé par un écran et un jeu de lumière originaux. L’occasion était trop belle pour rater cette seconde date à quarante minutes de Nancy, dans la mythique salle Chez Paulette.


Malheureusement, le quintet n’a pas amené nos chouchous de Malemort (qui ont ouvert au Divan avant Acyl) dans ses valises, la place devant manquer dans le van avec tout ce nouveau matériel. Ce sont donc les locaux de Surrounded By Bears qui ouvrent la soirée. Formé en 2013, le quintet de Baccarat a publié deux EPs, Fall (2013) et Timber (2016). Il les défend ce soir devant une salle très clairsemée et nous délivre un hardcore très porté sur le groove qui se démarque par une approche un peu plus poisseuse notamment dans le son. Son style, le « timbercore » (selon leurs propres termes), sonne un peu comme une rencontre entre Down et Maylene And The Sons Of Disaster. Armés d’une telle étiquette leur musique laissait présager une certaine originalité. Cependant leur musique s’avère très classique, les fans de casquettes et de bermudas ne seront pas dépaysés. Même si leurs compos n’ont rien de honteuses, les bûcherons manquent cruellement de présence scénique pour les défendre. Kévin Roppe (chant) assure de bons screams mais se montre assez faux sur les refrains en chant clair.
Une jeune formation qui doit s’affirmer sur les planches et rendre ses compos plus marquantes s’il veut réellement convaincre.


C’est ensuite le quartet Carven Stone qui prend le relais. Si les deux leaders sont originaires de Madagascar, Manu Starczan (chant) et Alex Starczan (guitare), leur style est un pur produit de l’Oncle Sam. Du rock US très inspiré par Shinedown, Nickelback ou encore Alterbridge à découvrir sur un premier essai : The Rising (2015). Les chansons sont dignes de ce que certains pouvaient entendre dans les génériques de Smallville ou encore Les Frères Scott il y a des années.
Nous avions déjà vu le combo avec son ancien line-up (la section rythmique a été remaniée depuis) et cette prestation nous laisse le même goût que la première fois. Musicalement l’ensemble tient bien la route. Manu s’affirme comme un très bon chanteur et il faut avouer que certaines mélodies font vraiment mouche. De même quelques riffs plus appuyés comme sur « Walk Away From Me » (très inspirés par Alterbridge) se montrent très efficaces. Mais sur les planches, force est de constater qu’il ne se passe rien et que le genre très radiophonique devient ici simplement mou. D’autant plus que les interventions de Manu tiennent plus du commentaire de performance que d’un réel partage avec le public. Après une sympathique reprise de « Lost On You » (LP) le frontman s’exprime ainsi : « C’était une première, on espère que cela vous a plus. Nous on a bien kiffé en tout cas. ». Couplé à une attitude qui tient plus de la pose on se demande pour qui le quartet se produit : Lui-même ? Les potes présents ? Le public ?
Carven Stone est un peu au rock US ce que Twilight est au film de vampire : une vision trop gentillette et trop consensuelle pour sortir de la masse. Lorsqu’on ne cherche qu’à draguer on en devient souvent lourd et prévisible…. Dommage au vu de leur potentiel.


Après un début de soirée en demi-teinte, nous attendons les cinq masqués avec impatience. Premièrement, car nous ne les avons pas vu depuis mars 2015 mais aussi parce que leur nouveau show risque de les faire passer dans une autre dimension. Le visuel, bien souvent oublié ces dernières années, est une vraie valeur ajoutée. Alors avec une formation qui s’inspire de Danny Elfman (le compositeur historique de Tim Burton), de Faith No More dans sa schizophrénie musicale tout en affichant un amour inconsidéré des freaks et des clowns; on se dit que le Asylum Picture Show doit forcément valoir le coup.
Cependant, il n’est pas sûr que beaucoup de spectateurs présents ce soir soient dans notre cas. En effet, le public est aussi bien composé de curieux que de potes/fans de Carven Stone et Surrounded By Bears. Bien loin de faire le plein, la salle est cependant bien plus remplie qu’en début de soirée. Disons qu’une toute petite centaine de personnes a fait le déplacement. Sachant qu’il s’agit de la première date du groupe aux alentours de Nancy (ndlr : sa première date en Lorraine avait eu lieu en mars 2015, dans les Vosges) et que celle-ci n’a pas bénéficié d’une communication incroyable, le résultat reste honorable en cette période chargée (la semaine dernière à Nancy se sont produits Suicidal Tendencies, Kyle Gass Band, Svart Crown et Amon Amarth).
Assumant jusqu’au bout leur amour pour Tim Burton, l’écran du groupe prend la forme de ses fameuses portes de travers que l’on retrouve dans la plupart des longs métrages du doux dingue. Par ailleurs, des réverbères et des flash entourent la scène de chaque côté. Très arrangées, les compos de 6:33 nécessitent énormément de samples pour être jouées. D’autant plus que le quintet se produit sans batteur (!). L’écran remplace donc tous les instruments et les chanteurs qui ne peuvent être présents en live. Chaque participant des albums a ainsi donné de sa personne pour les vidéos, à grand renfort de perruques et de pastiches dont certaines font rêver. Les samples des choristes sont ainsi figurés par l’écran. Il est alors plaisant de revoir Diestrisch Von Strudle, l’ancien claviériste, jouer ses solos de saxophone sur « I Like It » et « M.I.D.G.E.T.S ». Le grand absent de ces images est Arno Strobl (Carnival In Coal, We All Die (Laughing), ex-Maladaptive), avec qui 6:33 a publié un EP et un album. Absence certainement dûe à un emploi du temps chargé. « Black Widow » est le seul titre qui n’a pas droit à des animations purement originales, le groupe ayant repris quelques extraits du clip qu’il avait publié. Notre animation favorite est celle de « I’m A Nerd » avec son délire retro-gaming et geek bien kitsch.
La setlist est bien plus longue qu’il y a deux ans, les quatre premiers morceaux n’ont cependant pas changé. Ainsi, plus de la moitié de Deadly Scenes est interprétée mais le premier opus, Orphan Of Good Manners, est toujours présent grâce à un extrait (qui n’est plus « Little Silly Thing Part1 » mais l’éponyme jazz à la « Star A.D »). L’infernal « Hellalujah » ouvre le concert grâce à ses choeurs angéliques et ses blasts avant que le clownesque « Order Of The Red Nose » nous plonge dans un cirque sanglant : « L’histoire d’un nain et de sa femme à barbe » selon Florent « Rorschach » Charlet (chant, Melted Space, Dogtown). Le sensuel « I Like It » vient reposer les esprits après ce titre fleuve complètement dingue : « Est-ce qu’il y en a qui sont amoureux ce soir ? Il n’y a que des mecs sur scène mais vous allez pouvoir admirer nos choristes et saigner du nez ». Nicko Pascal (guitare) ne rate pas ce soir le solo jazzy du titre, faisant oublier sa contre-performance de notre dernière rencontre sur celui-ci. Le son est excellent et n’abuse pas en décibel. Par ailleurs, le visuel ne prend pas le pas sur la performance de 6:33 et le combo ne perd aucunement son énergie communicative. Il faut dire que Rorschach, acteur de formation, est l’un des meilleurs frontmen de l’Hexagone. Toujours aussi théâtral, il retranscrit toujours à merveille la folie musicale du groupe. Le tubesque « Burn In » débarque ensuite et se voit dédié à « un ami et sa maman », présents ce soir, car : « il y a quinze ans je n’étais pas loin de vous » nous avoue Rorschach qui a fait la MAI de Nancy. On peut d’ailleurs voir un clin d’oeil à Faith No More dans le refrain magique de ce titre, dont le « Not a king for a day » peut renvoyer au classique des américains King For A Day… Fool For A Lifetime (1995). Première vraie surprise de la soirée, le tribal « The Walking Fed » permet au frontman de passer derrière une batterie électronique illuminée qui rappelle l’antre de Oogie Boogie (L’étrange Nöel de Mr Jack). Plus tard, il reprendra cette place aux côtés de Howahkan Ituha (claviers, machines) lors de « I’m A Nerd » et « M.I.D.G.E.T.S ». « The Walking Fed » morceau plus ambiant, tout comme « Orphan Of Good Manners » plus tard, est un choix courageux qui montre le spectre musical hyper large de la bande (metal extrême, gospel, bossa nova, funk, jazz, rock’n’roll). Pour rester dans l’efficacité nous lui aurions tout de même préféré « Lazy Boy » proche de Devin Townsend ou encore le groovy « I Should Have Known (Her Name Was Boogie) ».
Comme toujours leur prestation se termine sur le psychotique « M.I.D.G.E.T.S », prétexte à un « circle boogie » qui est : « comme un circle pit sauf que l’on ne se tape pas sur la gueule, on laisse juste parler son corps ! ». C’est ainsi qu’un fan se lance dans une tentative de stage-dive qui restera dans les mémoires de tous ceux qui ont assister au concert. Peut-être déçu par la réaction de Chez Paulette, Florent finit par descendre dans le public pour aller emmerder les gens : voler des lunettes, lécher une oreille, tirer une barbe… telles auront été les farces du clown inspiré par Watchmen.
L’ambiance n’a fait que monter tout au long du set et celui-ci se termine sur une ovation unanime de la salle.
Setlist 6:33 :
Hellalujah
Order Of The Red Nose (Giggles, Garlands & Gallow Part1)
I Like It
Black Widow
Burn In
The Walking Fed
Ego Fandango
I’m A Nerd
Orphan Of Good Manners
M.I.D.G.E.T.S (Giggles, Garlands & Gallow Part2)
6:33 a fait le plus grand tour de force qui soit en live. Il a réussi à rallier à sa cause une salle qui dans sa très grande majorité ne connaissait pas sa musique. La seule mauvaise nouvelle avec ce set réside dans le fait que la setlist risque de ne pas trop bouger à l’avenir. Le quatrième album attendra un petit moment. Cela ne nous empêchera pas de foncer revoir ce superbe show le plus vite possible. De la folie pure !