Neo Noire – Element

Véritable touche à tout, Frederyk Rotter est un artiste trop sous-estimé, que ce soit avec Zatokrev, projet doom/sludge qu’il mène depuis quinze ans ou dans ses pérégrinations solos acoustiques (The Leaving, Freddy Rotter). Après avoir rejoint l’excellent duo doom indus C.R.O.W.N, le suisse a monté un projet rock avec son pote Thomas Baumgartner (ex-GurD, Erotic Jesus, Undergod) au chant et à la guitare. Les deux ont été vite rejoints par Franky Kalwies (basse, ex-Disgroove) et David Burger (batterie, ex-Slag In Cullet) pour compléter leur line-up. Le résultat se produit sous le nom de Neo Noire et sortira le 5 mai prochain son premier essai : Element.


Le résultat est à mi-chemin entre les Smashing Pumpkins, Jane’s Addiction et Alice In Chains. Même dans une formation plus rock, le six-cordiste ne peut s’empêcher de glisser de la noirceur comme le nom du projet le laisse entendre. Il y a une galaxie entre Mötley Crüe et Jane’s Addiction malgré un amour commun des fessiers féminins.
De fesses il ne sera pas vraiment question ici, au grand dam de tous les petit(e)s cochon(ne)s parmi vous. Néanmoins, cet Element a d’autres atouts pour séduire. Des atouts qui prennent essentiellement racines dans un amour des 90’s donnant un résultat forcément hybride. Pendant que certains voient cette période comme étant la pire pour le metal (il faut dire que toutes les locomotives des 80’s ont bien eu du mal à survivre à cette décennie) il faut se souvenir qu’elle a aussi vu des groupes se lancer dans des expérimentations bienvenues. Expériences donnant une définition concrète au terme fusion là où celui-ci devrait simplement désigner des groupes mélangeant des genres (le cross-over c’est de la fusion de gros dur en fait non ?).


Ainsi « Save Me » et son intro sudiste sentent fort la belle Alice tant dans les harmonies vocales que dans la musique. Tout comme « Neo Noire » et l’excellent « Infinite Secrets », morceau fleuve de onze minutes délicieuses. C’est d’ailleurs Thomas et sa voix plus grave qui se chargent des vocaux de tous ces titres bien que son camarade de Zatokrev reste légèrement majoritaire en terme de temps de parole. Frederyk qui s’est encore amélioré vocalement délivre un timbre nasillard proche de celui d’Ozzy Osbourne ou de Brent Hinds (Mastodon). En plus de délivrer des vocaux convaincants, les deux amis lâchent des solos enthousiasmants qu’on prend plaisir à re-découvrir à chaque écoute (« Save Me », « Shotgun Wedding », « Infinite Secrets », « Spark » grand gagnant de l’exercice). « Home » et l’éponyme forment un duo plus ambiants au milieu du disque, chacun ayant une approche quasiment progressive. Cependant, « Home » se montre plus dérangeant , notamment grâce à sa fin dissonante bien agressive. « Element » est quant à lui plus psychédélique, presque pop dans ses vocaux même si ses paroles sont loin d’être positives (une constante tout au long de l’album). De la pop nous en entendons aussi au cours de « Spark » qui se rapproche fort d’un Jane’s Addiction. Mais l’extrait qui marque le plus est le tube en puissance « Shotgun Wedding » qui emprunte à Ministry autant vocalement que musicalement. Titre le plus court d’Element, il suffit d’une écoute pour que le refrain vous hante toute une journée. Une belle réussite !


Element est un album tout en nuance d’ombres et de lumières le figure sa pochette. Un voyage plein de mélodies et de lourdeur, brillamment mené par des musiciens peu habitués au genre. Sans tomber dans la nostalgie ou l’hommage déguisé, Neo Noire s’éclate dans un rock/metal 90’s personnel mais référencé. Une bonne surprise pour les fans du genre.