Louis Jucker & Emilie Zoé – Autisti

Véritable machine depuis son départ de The Ocean, le suisse Louis Jucker (Coilguns) propose une nouvelle fois un EP atypique avec Autisti. Une courte galette, seulement trente trois minutes au compteur, faisant partie d’un ensemble de cinq (!) nommé l’Altro Mondo. Après avoir collaboré avec Aaron Beam (chant/basse) et John Sherman (batterie) de Red Fang dans le projet Red Kunz, Louis se lance dans un projet rock noisy en compagnie d’Emilie Zoé. Une jeune chanteuse dont il a écrit le Dead End Tape l’an dernier.


Le duo s’affirme comme un projet lo-fi rock dans la lignée d’un Dinosaur JR. La patte de Jucker est reconnaissable partout et l’on pense très souvent à son projet solo. Ces compositions très simples fleurtent parfois avec le stoner grâce à des touches assez sudistes. Un univers psychédélique et éthéré qui devrait plaire aux fans de Guided By Voices. Il s’en dégage une approche très crue, « You Felons ! » s’approchant même du punk garage tandis que « The Dower » commence l’album par un petit bazar qui ressemble plus à un accordage qu’à quelques mesures écrites. Musicalement des titres comme « The Dower », « Peaches For Planes » ou « Down To The Minimum » se montrent assez happy tandis que le chant évoque le spleen cher à Baudelaire. Emilie et Louis se partagent des harmonies vocales pop entêtantes, désincarnées sur les trois titres pré-cités. Plus folk, « Curb » met en avant la voix de la jeune femme pour un résultat mélancolique et bien dark. Bien souvent leurs voix sont pleines d’effets (notamment beaucoup de distorsion) faisant oublier le fait que les guitares sont majoritairement clean. Si les morceaux se reposent vraiment sur les voix, les guitares et la batterie de Steven Doutaz, Emilie place aussi quelques nappes de claviers de ci de là (« No Anchor », « Curb »). En opposition aux compositions plus easy-listening, Autisti regorge aussi d’une dimension très bruitiste qui choque tant l’ensemble se montre ambiant (« L’altro Mondo », le mélancolique « Trundle Beds »). Le définitif « Down To The Minimum » mélange ces deux aspects à merveille, avec sa fin très noisy.


Louis et Emilie nous offre un EP simple mais pas simpliste, mêlant subtilement harmonie et noise. Tantôt charmeur, tantôt repoussant, il porte la patte de son géniteur bouclé. Une musique épurée qui ne manque pas de sentiments et de sens. Un exercice de style plein de dualité. Cependant le caractère répétitif et simpliste de la musique en rebutera plus d’un.