Interview – Klone

Entretien réalisé par vidéo-conférence le 6 mars 2017

Continuant son travail d’épuration de sa musique, Klone a sorti en janvier dernier son premier essai acoustique. Reprenant des titres de ses trois derniers opus pour un résultat au moins aussi superbe que Here Comes The Sun. Avec le guitariste et principal compositeur Guillaume Bernard, nous sommes revenus sur la genèse de ce projet mais aussi sur l’avenir d’une des meilleures formations françaises actuelles.


L’été dernier vous avez donné vos trois premières dates acoustiques en ouvrant pour Anneke Van Giersbergen (Devin Townsend Project, ex-The Gathering). Comment s’est passé cette première expérience ?
Guillaume Bernard (guitare) : Cela s’est très bien passé. Nous avons mis un peu de temps à nous détendre au début du premier show à Lille (ndlr: le groupe a joué deux fois dans la même soirée, comme il l’a fait à Paris le samedi 11 mars à l’Antenne). (rire) Au fur et à mesure que nous avons vu l’enthousiasme des gens face au résultat, nous nous sommes détendus. Je pense que nous avons fait de très bonnes dates mais nous avons bien plus travaillé pour présenter un show parfait sur cette nouvelle tournée.


Il est clair que cette expérience vous a donné envie de publier Unplugged. N’aviez-vous jamais pensé à donner des concerts acoustiques avant ?
En 2013, nous avions commencé à travailler deux ou trois titres: « Into The Void », « Rocket Smoke » et je ne sais plus quel morceau. Nous avions fait quelques tests mais nous n’étions pas allés jusqu’au studio. Nous n’avons pas été au bout du processus en choisissant de jouer sans clic, un peu plus à l’arrache que ce que l’on fait d’habitude. Cela faisait un bout de temps que nous avions cela en tête mais aujourd’hui c’était le bon moment de le faire et les choses se sont précipitées. Nous avons pris plus de temps que pour les premières dates car sinon nous aurions vraiment été à l’arrache. Voyant que le test (ndlr: comprendre à Lille et Paris) avait fonctionné nous avons poursuivi dans cette voie.


Vous avez enregistré l’album au Théâtre de la Coupe d’Or en condition live. Etait-ce important pour vous de garder une approche « rock » ?
Nous avons enregistré trois, quatre jours avec Chris Edrich (X-Vision, ingé-son live de Shining, The Ocean, Intronaut). Nous avions déjà travaillé avec lui donc nous étions vraiment en confiance. Pierrick Nöel qui a aussi masterisé le disque était là aussi donc c’était plus un travail en binôme. Le but était de ne pas faire de retouches une fois l’enregistrement terminé. Nous voulions avoir des nuances, même en terme de tempo, que nous ne pouvons pas nous permettre sur un enregistrement « lambda ». Afin de garder le charme d’une prise tous ensemble où il demeure des imperfections.


Avez vous essayé de « reprendre » des titres qui n’ont finalement pas fonctionné dans le contexte acoustique ?
Nous avions une liste assez conséquente de titres que nous voulions faire, uniquement sur les deux derniers albums. Nous avions aussi quelques idées pour des titres plus anciens, notamment sur Black Days (2010) et All Seeing Eye (2008). Le temps nous a manqué pour nous pencher dessus, nous les gardons sous le coude pour plus tard.


« Silent Fields Of Slave » est-il une chute de Here Comes The Sun ou bien est-ce un titre que vous avez composé spécialement pour Unplugged ?
Nous l’avons écrite dans l’urgence spécialement pour l’album. C’est un morceau que nous avons peaufiné en studio tout comme la reprise de Depeche Mode. Cela nous a permis de bien déterminer les arrangements, sans trop en mettre non plus, pour les prises live.


Dirais-tu que ton travail sur Cloud Cuckoo Land (ndlr: projet acoustique très pop de Guillaume et la chanteuse Mélusine Fradet) t’a aidé d’une quelconque manière pour cet album acoustique ?
(Il réfléchit quelques instants) Cloud Cuckoo Land est un projet assez vieux, au moins six ans. Forcément cela a eu un impact car j’ai appris avec ce projet à enregistrer seul chez moi. J’ai appris aussi à appréhender l’acoustique car je ne faisais pas trop cela avant. J’ai pu m’ouvrir à d’autres choses, sur tout ce qui porte à l’arrangement avec peu d’éléments. Je ne m’étais jamais posé la question en fait (sourire). Après, le travail de composition reste le même que ce soit avec Cloud ou Klone, ce sont toujours les mêmes bases de guitare qui échafaudent un morceau. Les tests que j’ai pu faire avec Cloud m’ont permis d’être plus efficace sur le Klone en tout cas.


Vous avez choisi de reprendre « People Are People » de Depeche Mode. Un choix aussi étonnant que l’avait été « Army Of Me » à l’époque (ndlr: le groupe avait repris le morceau de Björk sur Black Days), pourquoi ce choix ?
J’ai un souvenir de Yann qui m’avait montré une reprise de ce morceau sur Arte Live par une nana qui s’appelle Elise Caron. Elle en donnait une version très différente de celle de Depeche Mode qui m’a beaucoup plu. Je ne suis pas dingue de ce morceau en réalité, il fait partie de la période que j’aime le moins chez eux. Nous en avons discuté tous ensemble et nous étions tous chauds pour en proposer notre version. J’ai trouvé des accords, Yann a posé ses voix et le rendu est très folk, très basique finalement. Il y a une petite progression sur la fin mais nous nous sommes vraiment éloignés de la version originale. Nous nous sommes rendus compte qu’avec cette musique en fond, le texte prenait un tout nouveau sens. Plus mélancolique.


N’est-ce pas terrifiant de jouer ces chansons sans se cacher derrière la distorsion et l’énergie du live ?
C’est une approche très différente. Déjà nous jouons assis (rire). Nous jouons dans des contextes très différents depuis le début de la tournée. Nous avons joué dans une église (ndlr: au Temple Protestant de Rochefort le 28 janvier dernier) devant des gens qui étaient eux aussi assis. A Bordeaux, l’ambiance était plus proche du bar avec des gens assez bavards. C’était très étrange de les entendre parler. A Nantes, les gens ont commencé à chanter un de nos morceaux alors que nous étions en balance. C’était vraiment beau ! Le fait de pouvoir jouer dans des lieux moins classiques qu’une scène rock est très enrichissant.


Cela m’a fait pensé à la Masterclass que tu as donné à Nancy l’an dernier (ndlr: à la Machine à Vapeur le 27 avril dernier). Une expérience tout aussi dépouillée car tu jouais seul et tu devais présenter techniquement tes morceaux à l’auditoire.
Là, je me suis vraiment senti très con (rires). Je n’avais jamais fait cela et jouer tout seul, sans la voix avec simplement le PC qui passe les titres en fond est très bizarre. Je ne me sentais pas à l’aise et j’ai eu peu de temps pour préparer cela. De plus, je devais aussi donner une conférence sur le business de la musique et je m’étais plus concentré là-dessus. Finalement, tout s’est bien passé. Avant de commencer à jouer, je ne savais pas où me mettre, quoi faire. C’est un bon souvenir au final.


Cette tournée vous facilite la vie car vous n’avez pas besoin de chercher un batteur. D’autres formations ne cessant de vous piquer les vôtres.
Il est vrai qu’en ce moment nous sommes obligés d’avoir quatre ou cinq batteurs. Nous pouvons citer Florent Marcadet (Carpenter Brut), Morgan Berthet (Myrath, Kadinja), Jelly Cardielli (Adagio) et David Marlot. En ce moment, c’est Romain Berce qui nous accompagne pour faire des percussions. Il est vrai que cela devient très compliqué à mettre en place et jouer dans ces conditions nous enlève une épine du pied. Après, jouer simplement avec des percussions est très intéressant aussi. Pouvoir jouer avec Armelle Dousset apporte aussi un plus, c’est elle qui s’est chargé des parties d’accordéon sur Unplugged déjà. A Paris, nous aurons aussi une violoncelliste, Anna Louise Lekrieff ! Nous essayons différentes choses en fait, le but étant de proposer une date acoustique vraiment enrichie à la rentrée.


Il serait chouette de filmer cette date du coup.
Il y aura déjà un show filmé sur la tournée. A Paris, samedi. Nous diffuserons certainement le concert sur Facebook en live. Les deux concerts que nous donnerons à l’Antenne seront captés, je ne sais pas encore si nous en ferons un DVD mais les images finiront forcément sur le net (ndlr: finalement un des deux concerts a été retransmis en direct sur Youtube par l’Enorme TV. Vous pouvez trouver la vidéo à la fin de l’article).


Unplugged vient d’être chroniqué dans les pages de Voici et Télérama. Ca y est vous êtes de vraies stars ! On va bientôt pouvoir découvrir des photos de vous à moitié nus sur la plage.
Avec toi, oui ! (rires) Les journaleux qui bossent dans ces canards connaissent Klone depuis un moment. Le fait que l’album soit « unplugged » fait qu’il est plus facile d’en parler dans ce genre de médias. Il n’y a que quatre chroniques par semaine chez Voici donc c’est vraiment cool de pouvoir en faire partie. Ce sont des gens qui travaillent au coup de coeur et qui ont des goûts très éclectiques qui vont du black metal à la pop. Cela touche peut être plus de gens, nous ne pouvons pas encore savoir l’impact que ces articles auront. Qui plus est, ce sont de petites chroniques, elles ne font que quelques lignes. Tu vois bien le monde que nous ramenons à nos concerts, si cela nous permet de toucher plus de gens je n’y vois pas de problème. (rire)


Vous vous éloignez de plus en plus de vos racines metal, comme tes idoles d’Opeth (même si vous êtes bien plus proches d’Anathema). Comment vois-tu l’avenir de Klone ?
Je ne sais pas encore exactement, j’ai pas mal d’idées de côté pour le prochain disque mais rien encore de très défini. J’ai envie de mettre l’accent sur le côté physique de la musique. Faire ressortir une puissance, qu’en live les gens soient pris aux tripes. J’aimerais mélanger quelque chose de plus « cochon » dans le son avec les voix accrocheuses que nous avons déjà sur Here Comes The Sun. Je vois bien l’album comporter un titre totalement acoustique aux côtés d’un autre plus bourrin et dissonant. Ce qui est certain, c’est que ce ne sera pas du Here Comes The Sun, nous ne voulons pas répéter ce que nous avons fait. Tout cela est en cours donc il est difficile d’en parler. Je te dis cela maintenant et dans six mois les choses auront peut-être totalement changées. Peut-être que nous aurons tourné techno-zouk ou que sais-je encore. (rires)


Quel serait ton/tes album(s) acoustique(s) préféré(s) ?
Le live Unplugged d’Alice In Chains (1996) et le Damnation d’Opeth (2003). Le deuxième m’avait vraiment soufflé à l’époque, bien plus que ce qu’ils font actuellement d’ailleurs. Après, il y a aussi des choses très acoustiques et pop chez Porcupine Tree et les Beatles par exemple qui me plaisent beaucoup. J’aime aussi des trucs plus folk.


Les derniers mots sont pour toi.
Je te donne rendez-vous à la Machine à Vapeur ndlr le 31 mars) et je te remercie pour cette interview. J’invite ceux que cela intéresse à aller voir nos dernières vidéos pour découvrir ce que nous avons fait de nos morceaux sur ce nouvel album. (sourire)


Line-up :
Guillaume Bernard (guitare)
Yann Ligner (chant)
Aldrick Guadagnino (guitare)
Armelle Dousset (accordéon, musicienne de session)
Romain Berce (percussions, musicien de session)
Discographie :
Duplicate (2003)
High Blood Pressure (EP, 2004)
All Seeing Eye (2008)
All Seeing Live (live, 2008)
Black Days (2010)
The Eye Of Needle (EP, 2011)
The Dreamer’s Hideaway (2012)
Here Comes The Sun (2015)
Unplugged (2017)